A l'occasion d'un déplacement dans la capitale chilienne, l'équipe d'Eldesiertoflorido en a profité pour se (re)mettre dans le bain de la politique française. Second tour de l'élection présidentielle et prémices de la campagne des législatives étaient donc au programme.

Sergio Coronado lors de sa réunion publique à Santiago du Chili. Ici interviewé par France24-TV5 Monde (Photo : Eldesiertoflorido)

Sergio Coronado lors de sa réunion publique à Santiago du Chili. Ici interviewé par France24-TV5 Monde (Photo : Eldesiertoflorido)

Nous reviendrons prochainement sur le déroulement des élections présidentielles françaises au Chili dans un article dédié... Ce qui nous intéresse ici est la rencontre qui a eu le lieu ce jeudi 4 mai 2017 dans le bar à vin "Les Dix vins" dans la capitale chilienne Santiago entre Sergio Coronado, actuel député de la deuxième circonscription des français établis hors de France, et ses administrés résidant au Chili. L'occasion pour nous de nous intéresser au scrutin législatif sur le continent américain et de dresser un bref portrait du député actuellement en fonction, et ce pour au moins quelques semaines encore, si ce n'est plus car M. Coronado est candidat à sa propre succession.

Photo prise lors de la rencontre ce jeudi 4 mai à Santiago (source : Youtube Sergio Coronado)

Photo prise lors de la rencontre ce jeudi 4 mai à Santiago (source : Youtube Sergio Coronado)

2ème circonscription des Français établis hors de France

Élu au second tour des législatives en juin 2012 avec 53,63% des voix face au candidat de l'UMP Pascal Drouhoud, Sergio Corona'o (comme dirait nos amis chiliens...) devient alors le tout premier député de la nouvelle 2ème circonscription des Français établis hors de France. En effet, suite au "Redécoupage des circonscriptions législatives françaises" en 2010 (publication Journal Officiel le 23 février), faisant suite à la réforme constitutionnelle de 2008 voulu par Nicolas Sarkozy, les Français de l'étranger se voient pour la première fois représentés par des députés à l'Assemblée Nationale. Ces députés sont au nombre de onze : six députés pour les Français résidant en Europe, deux pour ceux résidant en Amérique, deux autres pour ceux vivant en Afrique et un pour ceux résidant en Asie ou en Océanie.

A cette occasion est créée notre 2ème circonscription des Français établis hors de France sous la dénomination "Amérique Latine". Au delà du nom plutôt réducteur, cette nouvelle circonscription regroupe en réalité 33 pays allant du Mexique, de l'Amérique centrale jusqu'à l'Amérique du sud, en passant par les Caraïbes. 97 117 français résideraient dans l'un de ces pays selon le Registre des Français établis hors de France 2013-2016, pour un chiffre total de Français vivant à l'étranger estimé à 2,3 millions.

Tous ces nouveaux députés de l'étranger ont donc été élus pour la première fois à l'occasion des élections législatives de juin 2012, organisées après l'élection à la présidence de François Hollande. Dans cet inédit paysage politique français du monde, 1 seul député appartient au parti Europe Écologie Les Verts (EELV) : à savoir M. Sergio Coronado, représentant la 2ème circonscription.

Wahou ! C'est rare de voir autant de vert sur une carte de résultats d'élection ! (Image : Wikipedia)

Wahou ! C'est rare de voir autant de vert sur une carte de résultats d'élection ! (Image : Wikipedia)

 

Les 11 circonscriptions des Français établis hors de France et le nombre de pays qu'elles comportent :

Cliquez pour agrandir (Image : Wikipedia / Montage : Eldesiertoflorido)

Cliquez pour agrandir (Image : Wikipedia / Montage : Eldesiertoflorido)

 

Sergio Coronado : un député pas comme les autres...

A une époque où la France a vécu et vit encore une période de trouble et de division au sein de sa population, sur des sujets comme l'immigration, le droit d'asile, la reconnaissance des droits des homosexuels, le racisme, ... Où l'on assiste petit à petit à une certaine remise en cause de la démocratie, de la liberté de la presse, des libertés individuelles face à la lutte contre le terrorisme, à la privatisation des services publics de la république, et où l'écologie n'occupe plus vraiment une place importante dans le discours politique, le député Sergio Coronado fait figure "d'extra-terrestre", dans le bon sens du terme...

 

Premier mandat d'élu
Élu à la tête de syndicats lycéens (FIDL dont il est fondateur) puis universitaires (UNEF-ID), Sergio Coronado rejoint les Verts en 1992, parti dans lequel il sera élu à différents postes au début des années 2000. Par la suite, il sera directeur de la communication du candidat écologiste à la présidentielle Noël Mamère en 2002, puis de la candidate Eva Joly en 2012.

En 2001, il est élu conseiller municipal dans le 14ème arrondissement de Paris sur une liste de rassemblement des socialistes et écologistes. Il devient "chargé de la démocratie locale, de la vie associative et des conseils de quartier". Mais son véritable succès électoral sera bel et bien son élection en 2012 comme député de la 2ème circonscription des Français établis hors de France. Une fonction qu'il espère encore occuper dans quelques semaines.

Seul député élu des Français de l'étranger appartenant au parti EELV
Comme nous venons de l'écrire un peu plus haut, Sergio Coronado est le seul député du parti EELV élu aux législatives de 2012 pour représenter une circonscription de l'étranger. Parmi les autres députés élus pour ces circonscriptions des Français établis à l'étranger : 5 appartiennent à l'Union pour un Mouvement Populaire et l'Union des Démocrates et Indépendants (UMP-UDI) et 4 au Parti Socialiste (PS), même si certains des candidats socialistes étaient également soutenus par EELV dans le cadre d'accords électoraux entre les deux partis lors de ces législatives.
En effet, derrière son étiquette EELV, Sergio Coronado était également le candidat soutenu par le PS, et donc un député "pour une majorité présidentielle" à l'Assemblée Nationale au nom du nouveau président élu François Hollande. Ce qui ne l'empêchera pas d'être parfois perçu au cours de son mandat comme un "frondeur" par certains membres du PS... Lors du premier tour de l'élection présidentielle de 2017, Sergio Coronado a appellé à voter pour le mouvement la France Insoumise représentée par Jean-Luc Mélenchon, alors que son parti était allié au candidat socialiste Benoit Hamon.
Suite (logique) à ses prises de position politique, le candidat est soutenu par son parti EELV pour l'élection législative à venir, mais également par la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Contre lui, selon les informations dont nous disposons à l'heure actuelle, ont été désignés une candidate pour le PS (Florence Baillon), une candidate pour le mouvement "La république en marche" du président nouvellement élu Emmanuel Macron (Paula Forteza), ainsi qu'un candidat du Parti Communiste Français (PCF - Laurent Péréa) et du Modem (Martin Biurrun). Il sera également opposé à son adversaire du second tour de 2012 Pascal Drouhaud pour Les Républicains (LR - ex UMP).

Lors de l'élection législative de 2012, Sergio Coronado était notamment opposé à Raquel Garrido pour le Front de gauche. La franco-chilienne n'obtiendra finalement que 8,6% des voix au premier tour. Elle est aujourd'hui porte-parole de la France Insoumise qui soutient S. Coronado pour la nouvelle élection législative de juin prochain.

Lors de l'élection législative de 2012, Sergio Coronado était notamment opposé à Raquel Garrido pour le Front de gauche. La franco-chilienne n'obtiendra finalement que 8,6% des voix au premier tour. Elle est aujourd'hui porte-parole de la France Insoumise qui soutient S. Coronado pour la nouvelle élection législative de juin prochain.

 

Né au Chili, exilé en Argentine, étudiant en Colombie, naturalisé Français il y a 13 ans
Difficile de parler de "parachutage" dans le cas de Sergio Coronado. Sa vie et son parcours, à cheval entre l'Amérique Latine et la France, parlent d'eux-mêmes... Né à Osorno dans le sud du Chili 6 mois avant l'élection du président Salvador Allende, sa famille doit quitter le pays à la suite du coup d'État militaire du général Augusto Pinochet le 11 septembre 1973. Il passera une partie de son enfance exilé en Argentine, puis en France à partir de l'âge de 12 ans. Il s'installera ensuite en Colombie pour ses études en science politique.

Apatride pendant plusieurs années, il obtient finalement la nationalité française en 1994, et de nouveau la nationalité chilienne de son lieu de naissance quelques années plus tard. Il est donc, comme tant d'autres français, un binational. Et comme il aime à le dire lui-même : "Je suis français certes, mais quand je viens en Argentine ou en Colombie dans le cadre de mon travail de député je me sens chez moi." En ce qui concerne le Chili, la situation est un peu plus compliquée. Comme le rappelle l'hebdomadaire L'Express :
Le 11 septembre 1973, date du coup d'Etat du général Pinochet au Chili, calé dans les bras paternels, il [S. Coronado] se fait cracher dessus par le propriétaire du logement où vit sa famille. "Le mollard visait initialement celui qui me portait, soupçonné d'être communiste" (L'Express, 13/12/13).
Ayant vécu très jeune et peu de temps dans ce pays, il semble que le député redécouvre son pays natal à chaque déplacement officiel dans le cadre de son mandat. Comme lorsqu'il (re)découvre le nord du Chili à l'occasion du déplacement du président Hollande dans la région d'Antofagasta en janvier 2017. 

Photo prise lors de la visite d'une centrale solaire d'EDF au Chili par le président F. Hollande.

Photo prise lors de la visite d'une centrale solaire d'EDF au Chili par le président F. Hollande.

Un membre de la majorité pas d'accord sur tout !
Loi travail, déchéance de nationalité, partenariat européen avec la Turquie sur les migrants, prolongement de l'état d'urgence, ... Autant de sujets discutés à l'Assemblée Nationale et à la commission des Lois dans laquelle il siège, et sur lesquels il a largement montré son désaccord avec une "certaine" majorité présidentielle.

Pour le création d'un groupe "rouge-rose-vert" à l'Assemblée
Avec trois autres députés en septembre 2015, Sergio Coronado appelait à la création d'un groupe parlementaire "rouge-rose-vert". Kézaco ? Ce groupe avait pour but de rassembler les communistes (PCF et Front de gauche) et les ultra-marins du groupe Gauche démocrate et ­républicaine (GDR), les frondeurs socialistes et les écologistes. Donc rouge = communiste, rose = socialiste, et vert = écologiste !

Après son élection en 2012 : pas encore très à l'aise le député nouvellement élu...

 

Pour la promotion les logiciels libres !
Autre prise de position ayant attiré notre attention, celle du député sur l'utilisation des logiciels libres à l'Assemblée Nationale. Cela peut paraître anodin, mais lorsque l'on travaille dans le numérique, secteur ultra dominé par des multinationales peu scrupuleuses quant aux droits à la vie privée, cela a une importance... Même si malheureusement peu de gens s'en rendent vraiment compte et continuent de confier une grande part de leur vie numérique à ces entreprises.
Sergio Coronado, "seul député de l'Assemblée Nationale utilisant des logiciels libres" d'après lui, a en effet adressé il y a quelques mois une note au Président de l'Assemblée pour lui faire part de ses inquiétudes quant aux complications engendrées par les logiciels commerciaux utilisés par l'administration publique lorsque le député lui utilise des logiciels libres sur son ordinateur professionnel. Le député pointe notamment les incompatibilités de ces logiciels "officiels" avec des systèmes d'exploitation indépendants tel que Linux. Ces bugs répétés favorisent de facto les « positions dominantes des grandes entreprises » à l'intérieur de la plus haute sphère publique et normalement économiquement indépendante.
Alors qu'une grande partie des députés passe leur temps dans l'hémicycle à "twitter", "facebooker", "youtuber" ou encore "candy crusher" sans se poser trop de questions, la position de M. Coronado est aussi louable que (malheureusement) minoritaire. Elle a cependant le mérite d'être soulignée, même si l'intéressé est lui aussi bien sûr un adepte des grands réseaux sociaux multinationaux.

Fervent défenseur de la Procréation Médicalement Assistée (PMA) et de la loi sur le mariage pour tous
Pour les médias français, le député Sergio Coronado commence à exister politiquement à partir des débats de la loi sur le mariage pour tous, début 2013. Derrière Christiane Taubira, auteure de la loi, Sergio Coronado fait partie des grands défenseurs du texte. L'élu n'a jamais caché son homosexualité et l'a officiellement communiqué sur twitter lors de l'élection législative de 2012. D'ailleurs, lors d'une nuit prolongée de débats sur le mariage pour tous à l'Assemblée Nationale, le ton monte entre lui et le député UMP Christian Jacob. Qualifié "d'hystérique" par ce dernier, Coronado lui rétorque au micro après un bref résumé de l'utilisation de l'adjectif "hystérique" au cours de l'Histoire politique française : "Vous auriez pu être plus franc et faire comme dans les cours d'école, me traiter de pédé". Bonne ambiance !

 

Écolo, immigré et libertaire. Bref, un homme politique "qui a tout pour plaire" dans le contexte d'une France où la candidate du Front National obtient plus de 21% des voix au premier tour de l'élection présidentielle !

 

 

A lire également sur Eldesiertoflorido :

Tag(s) : #Actualités, #Français au Chili

Partager cet article